Raymond mai 2015

Salon - Parmi les 250 motos anciennes exposées ce week-end, celles d’avant 1914 font l’admiration des visiteurs Morvillars : à la découverte des prémices de la moto

02/05/2015 à 18:39 Vu 221 fois
 
 
 
 
 
 
 
 
Raymond Harter est particulièrement fier de sa Jeanperrin de 1900. Photo Christine DUMAS

Raymond Harter est particulièrement fier de sa Jeanperrin de 1900. Photo Christine DUMAS

« LA MÉCANIQUE est exceptionnelle, mais ça ne devait pas être facile de rouler avec ça quand même. Il n’y a ni boîte de vitesse, ni embrayage. Quand ils s’arrêtaient, ils étaient obligés de pédaler pour repartir. » Florent, un motard venu en voisin avec son fils Titouan, est à la fois admiratif et perplexe face à cette motocyclette Peugeot de 1905 qui ressemble plus à un vélo sur le lequel on aurait mis un moteur.

Hier après-midi, bon nombre de visiteurs de la fête de la Moto de Morvillars sont tombés sous le charme des motos d’avant 1914, des « ancêtres » comme les appellent les membres du Rétro moto cycles de l’Est (RMCE), organisateurs de l’événement.

Minerva, Rochet, Givaudan, René Gillet, une dizaine de motos – dont certaines affichent le prix d’une belle voiture – trônent fièrement sur le stand réservé aux années 1900. Et parmi elles, une antiquité : une Hildebrand et Wolfmuller de 1894, la première moto fabriquée en série à 1.000 exemplaires.

« Devant vous, vous avez les prémices de la moto d’aujourd’hui. Tout a été inventé avant 1914 : la première suspension et la première moto 4 cylindres datent par exemple de 1905. Après on a surtout apporté des améliorations », explique Raymond Harter, membre fondateur du RMCE depuis 46 ans.

Pour cette exposition, il a amené plusieurs engins, dont une Peugeot « Paris-Nice » de 1913. Mais la moto dont il est le plus fier, c’est sa Jeanperrin de 1900, achetée il y a une vingtaine d’années dans une vente aux enchères à Toulouse. « D’habitude, elle trône dans mon salon. C’est un vrai morceau d’histoire, la dernière survivante des motos produites par ce constructeur de Glay », explique le passionné, qui expose même des photos d’époque de l’usine.

Ingénieur de formation, Louis Jeanperrin était un avant-gardiste. Pour créer sa moto, il est parti d’un cadre de vélo sur lequel il a adapté un moteur et un réservoir à trois compartiments pour l’essence, la batterie et l’allumage. « Mais son idée de génie est d’avoir eu recours à la chaîne plutôt qu’à la courroie comme sur les autres modèles de l’époque. Il y en avait deux : une pour démarrer le moteur et une pour l’entraînement des roues. Jeanperrin, qui produisait aussi des mouvements de grandes horloges, s’en est inspiré pour créer ses pignons », précise Raymond Harter, qui a rencontré la fille d’un des mécanos essayeurs de l’usine qui a disparu en 1905 à la mort de son fondateur.

En avance sur son temps, ce deux-roues n’en témoigne pas moins des tâtonnements des constructeurs de l’époque. « Le carburateur est encore situé devant le moteur alors qu’on sait maintenant qu’il est plus efficace derrière. Pareil pour le pédalier. Et les commandes sont à tige rigide, on n’avait pas encore inventé le câble de frein », souligne le collectionneur.

Et contrairement à ce que pensait Florent, cette Jeanperrin de 1900 est en état de rouler. « En 2000, pour ses 100 ans, j’avais fait quelques tours du circuit de Montlhéry en région parisienne. » Comme un pied-de-nez à cette citation d’Henry de Graffigny, ingénieur et professeur d’automobilisme qui, en 1899, avait dit que la motocyclette était « un engin de bazar qui n’a aucune chance de s’acclimater dans notre pays ». Plus d’un siècle plus tard, on peut en voir le résultat encore aujourd’hui à Morvillars.

Fête de la Moto à Morvillars, de 10 h à 18 h non-stop. Exposition de motos anciennes, bourse aux pièces détachées et démonstrations de stunt.

Aurélien BRETON



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